L’intervention que m’ont demandé de faire les organisateurs de cette 1ère journée d’étude consacrée à l’Architecture, reconstruction et travaux dans les établissements de soins s’intitule «Le rôle de l’architecture dans l’humanisation des lieux de soins».

Je n’ai certainement pas la prétention de vous révéler des recettes miracles sur ce thème.

Mon propos tentera plus simplement d’ouvrir quelques pistes à votre réflexion sur le rôle que l’architecture, ou plutôt l’architecte est amené à jouer dans le processus de
construction ou de rénovation des lieux de soins afin de leur apporter le complément d’humanité qui leur fait parfois, voire souvent, défaut.

Je voudrais également, dans le temps de parole qui m’est autorisé, vous faire partager brièvement le résultat de l’expérience passionnante vécue au travers de 2 projets de rénovation d’unités de soins un peu particuliers où l’humanisation doit encore être plus présente qu’ailleurs.

Il s’agit de:

  • L’HOPITAL DE JOUR DE CHIMIOTHERAPIE DE L‘INSTITUT JULES BORDET A BRUXELLES
  • LE SERVICE DE PEDIATRIE DU CHU TIVOLI A LA LOUVIERE


Prison, forteresse, labyrinthe aux chambres secrètes bien gardées, lieu de pouvoir et de savoir, lieu inquiétant d’où l’on craint de ne pas sortir debout.

Autour de l’hôpital se trame tout un réseau d’angoisses et de non-dits, odeurs de mort, peur de la maladie.

A cet ancestral imaginaire, la modernité des années glorieuses a surimposé l’efficacité et la rapidité débouchant sur la construction de machines à soigner où technologie et fonctionnalité primaient sur tout.

Tant pis pour l’anonymat, l’empilement des lits, les chaises alignées militairement dans les salles d’attente obscures.

Tant pis pour les matériaux aseptisés, les couloirs sordides et les chambres pas beaucoup plus conviviales.

Tant pis aussi pour l’absence de lumière, les couleurs tristes, l’odeur pestilentielle qui prend à la gorge dès les portes des institutions de soins franchies.

Ce fut l’époque où l’on sortait les hôpitaux des villes pour construire des milliers de lits superposés avec plus ou moins de fonctionnalité dans de grosses «valises» sans grâce, toutes conçues ou imaginées par des architectes dits «spécialisés» qui se sont rendus incontournables au fil des années.

Jusqu’alors la structuration d’un hôpital reposait sur l’hôtellerie d’un côté, les plateaux techniques de l’autre. Dans cette logique, le corps médical était au centre et le malade promené de service en service.

Depuis quelques années les choses ont tendance à changer, c’est peut-être l’hôpital pédiatrique Robert-Debré, dans le XIXe Arrondissement de Paris, livré en 1989 par l’Architecte Pierre RIBOULET, qui fut le premier grand hôpital «nouvelle manière» avec sa grande rue intérieure sous verrière à rompre avec les modèles hospitaliers verticaux, en cours dans les années '70.

Aujourd’hui les hôpitaux sont devenus des nappes, creusées par atrium pour mieux accueillir la lumière. Cette conception d’hôpital comme lieu de vie n’a cessé de s’enrichir avec la multiplicité des services pour le personnel et la création d’espaces ludiques.

L’organisation en nappe représente par ailleurs des avantages fonctionnels car elle représente un gage d’évolutivité.

Pour les hôpitaux pensés en termes immobiliers pour durer cinquante ans, l’évolutivité est donc un élément clé. Faute de souplesse, ils seront fossilisés dès le départ. L’architecte doit donc pouvoir virtuellement anticiper.

Aujourd’hui la tendance est à la constitution de pôles médicaux autour du malade ce qui revient à casser les frontières entre les services.

La médecine a en effet beaucoup changé, de manière structurelle et pas seulement en terme d’outils technologiques. Les diagnostics et les techniques d’examens se sont fait beaucoup plus fins, multipliant d’un point de vue spatial, les pièces spécialisées.

Ils ont surtout débouché sur le concept de médecine ambulatoire qui réduit le temps passé à l’hôpital. Cela se traduit par une diminution de la part accordée à l’hôtellerie; d’autant plus marquée que la conception des chambres a changé. Le principe de la salle commune à 4 lits tend à disparaître pour être remplacé par un nombre croissant de chambres à 1 lit. A la fois pour la souplesse d’utilisation mais surtout pour le confort du malade et sa dignité.

Dans notre pays, le volume de construction a baissé considérablement, les finances publiques n’étant plus ce qu’elles étaient et le parc hospitalier vieillissant oblige de donner la priorité à la rénovation plutôt qu’à la construction neuve. Ce n’est peut-être pas idéal vis-à-vis des nouvelles tendances architecturales hospitalières qui se développent dans le monde et notamment chez nos voisins français, mais c’est à cette tâche que les architectes s’attèlent afin d’humaniser et d’adapter aux nouvelles exigences l’héritage que nous ont laissé les bâtisseurs des dernières décennies.

L’hôpital, plus que le lieu de la mort, est celui de la vie. Rien n’est en effet plus rassurant que de se savoir soigné dans une institution ad hoc par l’une des meilleures médecines et pris en charge par des spécialistes. Là-bas se trouvent les soins salvateurs, la douleur assoupie et tous l’espèrent, la guérison.

Là-bas se déroule le cérémonial de la réparation du corps, sa restitution. Un espoir fou. Une chance formidable pour l’institution qui devrait pouvoir la mettre en valeur.

Et pourtant, déracinement, vie communautaire imposée, médicalisation et souffrance fondent en partie l’image de l’hôpital.

Toute chose qui inquiète l’être et que l’on peut rassurer en scrutant ce qui le réconforte, lui redonne l’envie de vivre si nécessaire au processus de guérison du corps.

La médecine, pour une raison légitime et profonde, se définit pour objet de sciences le corps et ses maladies, que l’on peut observer, identifier, décrire, classer et soigner. D’où un champ d’étude précis, mais d’emblée limité à l’observable et qui laisse trop souvent à mon sens de côté la psychologie et tout ce qui touche à l’être.

L’architecture traite pour sa part d’harmonie et d’équilibre, elle peut en ce sens participer au projet thérapeutique.

L’homme est au centre de la raison d’être d’un hôpital.

Et quand l’architecte le construit ou le transforme, il doit viser le même objectif que le médecin mais avec les outils qui sont les siens et en complémentarité de celui-ci: soigner.

Soigner l’angoisse, car elle est partout. Angoisse du malade qui vient là pour une pathologie grave, angoisse de la famille et angoisse de l’équipe soignante qui va gérer le tout.

Les architectes ont un rôle essentiel à jouer; ils doivent contribuer à dédramatiser l’hôpital et tenter de rendre au mot hospitalité tout son sens.

Dans un secteur dominé par les préoccupations techniques et fonctionnelles, et régi par le quantitatif, les architectes apportent une part du qualitatif indispensable à la guérison dès lors que l’on admet que le corps et l’esprit sont liés.

Ils travaillent l’ambiance, la qualité de l’accueil, font pénétrer la lumière naturelle jusque dans les blocs opératoires et abordent également la fonctionnalité sous l’angle des interactions entre les hommes.

Le corps et l’esprit doivent trouver dans leur environnement des compléments matériels et humains à leurs propres limites.

Aux corps fatigués, il ne reste parfois que le sens pour trouver quelques joies (excluant ici celles intellectuelles et spirituelles).

Pourquoi refuser à ceux qui souffrent ou qui s’éteignent l’intelligence des sens? La beauté leur est sans doute encore plus nécessaire qu’au bien-portant , libre d’aller la quérir où il veut.

L’architecture prend là une importance pathétique.

L’architecte, lorsqu’il aborde l’étude d’aménagement d’un service de soins ou d’hospitalisation, doit tenter de se mettre dans la peau du malade ou de la personne qui débarque à l’hôpital et essayer de comprendre la raison pour laquelle il est amené à y séjourner.

En effet, chaque maladie présente sa spécificité et son traitement thérapeutique propre. Il est important de rompre l’uniformité de l’institution grâce à des ambiances spécifiques et adaptées à chaque service.

On n’hospitalise pas un enfant comme un adulte.

Il est impensable de concevoir l’environnement de soins de façon similaire pour le traitement d’un enfant de 8 ans qui est admis pour la première fois en hospitalisation et qui a une toute autre appréhension que la personne âgée y ayant déjà séjourné à plusieurs reprises.

Il paraît donc essentiel d’interroger le corps médical et de concevoir en permanence sous ses conseils afin de répondre au mieux aux besoins et au bien-être du patient lui-même mais aussi aux aspirations du personnel soignant.

De l’état d’esprit dans lequel il se trouve dépendra également la qualité des soins qu’il dispensera.

Je pense également qu’il est essentiel, lorsqu’un architecte aborde un projet spécifique, de visiter, voir des réalisations similaires en activité afin d’identifier ce qui ne fonctionne pas ou ce que l’on peut améliorer en tenant compte de l’expérience vécue.

L’analyse du quotidien pourrait sans doute suffire à éviter les plus grosses bourdes.

Enfermée dans ses modèles et ses schémas fonctionnalistes, l’architecture hospitalière fait aujourd’hui la preuve qu’elle ne peut se résumer à une affaire de spécialistes car l’architecte, même s’il se dit spécialisé en la matière, n’est pas à même, à mon sens, de par sa formation, à répondre seul de façon optimale à la complexité des problèmes posés dans le milieu hospitalier.

Il doit s’entourer dès le départ d’une équipe pluridisciplinaire composée de spécialistes, notamment en techniques hospitalières, afin d’intégrer celles-ci au mieux et de les rendre les plus discrètes possibles.

En effet, si la technologie est un moteur de l’évolution de l’équipement, l’ingénierie est puissante. La circulation des flux (poches de sang, médicaments, prélèvements, linges, etc.) constitue une pierre angulaire qui ne fera que prendre de l’importance avec le développement du transport d’images.

L’architecte doit également s’entourer de psychologues, de sociologues mais aussi de coloristes, de designers, d’éclairagistes, pour réfléchir sur les ambiances des chambres, des lieux d’accueil, des salles d’examen qu’ils rendront indubitablement plus conviviaux et moins stéréotypés.

D’autre part, l’architecte s’avère souvent prisonnier du cercle vicieux budget/norme avec lequel il doit composer. Il assiste également souvent à une coupure flagrante entre programmation et gestion.

Dans cet univers, il joue incontestablement le rôle de médiateur. La conception d’un hôpital ou d’un service est très encadrée en amont par le programme et les normes en vigueur.

L’architecte doit au préalable à tout projet procéder à un audit interne du corps médical, de l’administration, des responsables techniques et de sécurité, mais également du personnel de maintenance afin de répondre le mieux possible aux desiderata de chacun.

Il est indispensable que l’architecte consacre beaucoup de temps à ces préambules et à ces discussions pour éviter, dès la première esquisse et tout au long de l’élaboration du projet, que réapparaissent des conflits jamais résolus.

A ce niveau, l’architecte occupe une position essentielle car son indépendance vis-à-vis de l’institution lui permet de jouer les coupe-circuits, regrouper les idées, mettre en contact ceux qui ne s’entendent jamais, pousser à revoir les normes et trouver des solutions que jamais un programme ne saurait décrire.

C’est à condition qu’un vrai dialogue s’établisse dans le respect des compétences respectives de la maîtrise d’œuvre et du Maître de l’Ouvrage que dépendra la réussite ou non d’un projet.

Pour aider à humaniser les lieux de soins, les concepteurs doivent travailler tant sur la couleur que sur le design; ils doivent non seulement être attentifs à l’ergonomie et à la fonctionnalité du matériel et du mobilier choisi ou conçu mais également à leur harmonie dans l’ensemble cohérent qu’ils ont imaginé tant pour le bien-être de la personne hospitalisée que du personnel soignant.

Les lits hospitaliers, les bandeaux de lits, les armoires de chevet, même s’ils doivent garder leur performance d’utilisation, doivent sortir de la standardisation et être adaptés ou intégrés aux matériaux et à l’ambiance générale de l’espace de séjour ou de soin.

Le moindre petit détail doit être étudié de façon à ce que le patient ressente que l’on s’est foulé pour lui et que son environnement peut être propice à sa guérison.

L’ambiance des hôpitaux est notoirement dure avec des matériaux très réverbérants mais facilement lavables. Des alternatives existent pourtant; ainsi les moquettes antibactériennes peuvent être utilisées dans certains espaces rendant les lieux plus silencieux.

Il me paraît aussi nécessaire d’impliquer les fabricants de matériaux et industriels de l’équipement hospitalier dans la recherche de nouveaux produits en parfaite écoute des utilisateurs des différentes disciplines.

Nous devons donner la priorité à la lumière naturelle mais également à la qualité de l’espace. Les chambres des malades devraient être toutes individuelles, et ce sans distinction de prix ou de traitement de faveur, et permettre à chaque patient de pouvoir contempler le paysage ou simplement la vie à l’extérieur. Ce qui devrait être également d’application pour les lits des soins intensifs.

L’hôpital doit être un lieu agréable, confortable à la manière d’un hôtel, considéré simplement comme un passage entre la maison et un retour à la maison.

Dans certains services, ou pour certains cas thérapeutiques spécifiques, des chambres contiguës ou une structure d’hébergement à proximité immédiate de l’institution devraient permettre aux familles qui le désirent de séjourner auprès de leur malade, tout en bénéficiant d’un service et d’un tarif hôtelier.

Il est également, à mes yeux, important d’intégrer l’art dans les hôpitaux car l’art, lorsqu’il accompagne l’architecture, est un moyen de dire aux gens que l’hôpital n’est pas uniquement un lieu de mal-être.

Je dirais encore que l’on peut attendre de l’architecture qu’elle permette une pacification spatiale mais en évitant une surcharge environnementale et qu’en matière d’économie, un matériau de couleur chatoyante ne coûte pas vraiment plus cher qu’un matériau blanc, gris ou beige.

Je vous propose à présent de parcourir les deux réalisations que j’ai citées en début d’exposé.

Au 8e étage de l’Institut Bordet, l’hôpital de jour de chimiothérapie surplombe un établissement dont le nom est incontournablement associé au cancer.

Le patient qui s’y rend sait qu’il est là pour affronter une épreuve et la souffrance. La majorité de ceux qui viennent et reviennent ici pour un traitement qui dure en moyenne de deux à quatre heures se soumettent à des séances de chimiothérapie ou d’immunothérapie souvent très douloureuses.

La philosophie du projet voulue par les responsables du service et de l’Institut était de démédicaliser et d’humaniser les lieux. Faire plus hôtel et moins clinique car ici on soigne des personnes, pas des organes.

Et comme il fallait améliorer l’organisation et les conditions de travail, les locaux et le matériel pour le personnel infirmier ont bénéficié du même coup de vif.

Un personnel qui affronte aussi l’épreuve: il est soumis en permanence à la charge émotionnelle puisque les patients viennent fréquemment et que leur état de santé est parfois très dégradé, mais également au stress puisque la moindre erreur de dosage, de piqûre peut avoir des conséquences désastreuses.

Ce projet, lauréat d’un concours d’architecture sur invitation, prévoyait, hormis l’humanisation de l’hôpital de jour, la réorgarnisation complète du service permettant d’augmenter le nombre de chambres individuelles en passant de 9 à 12 lits, ce qui était essentiel pour son développement et pour répondre à la demande grandissante.

Il s’agissait également d’implanter judicieusement et de redimensionner correctement les salles réservées au personnel soignant et aux préparations des traitements mais surtout les espaces d’accueil et d’attente des patients.

Les travaux se sont déroulés par phases permettant la continuité de l’activité durant le chantier en prenant toutes les précautions voulues dans un contexte où les patients sont immunitairement très affaiblis.

Un souci d’économie permanent a également guidé tout le projet du fait que l’asbl Les Amis de l’Institut Bordet finançait l’entièreté des travaux avec les fonds qu’elle reçoit de ses donateurs.

Parcourons ensemble cette réalisation.

En sortant de l’ascenseur, le visiteur découvre le desk d’accueil baigné de lumière qui lui permet d’être directement pris en charge.

La salle d’attente se situe à proximité de l’accueil et profite d’une vue privilégiée sur la ville.

Le couloir principal se voulait ouvert sur l’extérieur et bénéficie d’un éclairage naturel.

La baie vitrée créée à l’autre bout, symbole d’une issue possible à la maladie, autorise cet apport de lumière et permet d’accéder à la terrasse qui doit encore être aménagée.

Les dimensions, la disposition et la décoration de chacune des chambres sont volontairement différentes pour éviter d’identifier le traitement à un même lieu.

Un suivi attentif du personnel infirmier dans la prise de rendez-vous et l’attribution des chambres permet au patient de ne pas être soigné deux fois de suite dans la même chambre.

C’est le papier peint qui ensoleille la pièce et la qualité de l’éclairage qui l’agrémente lorsque le temps est maussade à l’extérieur.

Ici, la couleur est omniprésente.

Avec ses jaunes, ocre et tournesol, avec le bleu mer et ciel mêlés, avec son vert olive, avec son rouge-terre, ses frises assorties et le revêtement de sol façon terre de Sienne, c’est l’atmosphère méditerranéenne qui baigne les chambres..

On a voulu que ce soit plus gai et plus chaud pour que la qualité de vie du patient soit meilleure.

On a voulu également que rien ne rappelle l’hôpital au patient qui pénètre dans la chambre.

Tout le matériel médical et la technique (fluides, …) sont dissimulés derrière des panneaux qui ne s’ouvriront que lorsque les soins commenceront.

Toutes les chambres sont équipées de lit amovible électrique, d’une radio intégrée, de télévision et d’un cabinet de toilette. Elles bénéficient aussi d’une climatisation à la demande du patient et d’une vue panoramique sur la ville.

Les espaces réservés au personnel hospitalier ont également été étudiés dans un souci permanent de fonctionnalité et d’ergonomie maximum, mais aussi dans la continuité de conception de la partie réservée aux patients et chaque cm² disponible a été utilisé de façon optimale.

Ici, on voulait garder captive la vie. Pour que s’y accrochent ceux qui se battent.

Contre la douleur. Contre la maladie. Contre la mort.

Ici, plus qu’ailleurs, il fallait aider les patients à surmonter leurs difficultés face à la maladie. Nous espérons y avoir contribué.

Pour vous présenter le service de pédiatrie du CHU TIVOLI, je citerai une phrase de ST-EXUPERY: «Les grandes personnes ne comprennent jamais rien toutes seules et c’est si fatiguant pour les enfants de toujours et toujours leur donner des explications».

Trop souvent, en effet, l’enfant se sent incompris dans ses besoins et ses désirs par le monde des adultes et c’est particulièrement vrai dans les situations de maladie ou de traumatisme où l’enfant qui attend chaleur et réconfort se retrouve souvent sans bien comprendre ce qui lui arrive, dans un monde inconnu, où il est agressé par des examens douloureux et contraignants.

Certes, on ne peut supprimer toutes les souffrances et les anxiétés liées à la maladie et à l’hospitalisation.

Mais il est clair que si l’enfant est dans un environnement à sa dimension où il peut jouer, être accompagné de ses parents, bénéficier des techniques d’analgésie pour lutter contre les grandes mais aussi les petites douleurs, le traumatisme lié à l’hospitalisation sera fortement réduit.

Là aussi, l’architecture a un rôle essentiel d’humanisation à jouer privilégiant la qualité de vie des petits patients.

Dans ce projet, l’Architecte et l’équipe de pédiatrie ont travaillé main dans la main afin de créer un service qui, tout en répondant aux exigences de tous, normes du Ministère, infirmiers, médecins, hygiénistes, soit un endroit d’accueil et de séjour agréable, à la dimension de l’enfant et un espace apaisant pour les parents.

Dès la porte d’entrée, la volonté de se mettre à la dimension de l’enfant est marquée. Selon sa taille et son âge, il découvre son service au travers de hublots disposés à des hauteurs différentes. La poignée clin d’œil suscite peut-être l’envie d’y pénétrer.

A l’intérieur, l’alternance du bleu et de l’orange tendre de certains matériaux tranchant avec le blanc des murs mouchetés de taches de couleurs discrètes imprime l’esprit «bateau».

L’espace jeu a été implanté volontairement à l’entrée du service pour faire comprendre au petit patient qu’il entre dans un domaine qui lui est consacré et dans lequel il pourra également jouer.

Celui-ci est abondamment baigné de lumière naturelle.

Le desk d’accueil avec ses 2 petites colonnes d’extrémité forme une courbe débordante sur le couloir pour permettre aux infirmières d’avoir une vue d’ensemble sur le service mais sert surtout de point de repère pour les enfants et leurs parents qui pourront y récolter toutes les informations désirées.

Le couloir de distribution des chambres présente une succession de rétrécissement et d’élargissement destiné à rompre la monotonie du déplacement mais également par soucis de fonctionnalité, d’aisance dans la manipulation des lits et d’ergonomie.

En fait, lorsque l’infirmière se place au centre des parties larges, elle peut en quatre coups d’œil tout en restant sur place, visualiser les lits des 4 chambres qui y débouchent.

La couleur des portes définit les locaux accessibles ou non aux enfants et à leurs parents. Les portes bleues sont réservées au personnel hospitalier, les portes stratifiées en bois permettent l’accès au public.

Les portes des chambres comportent toutes des hublots permettant la vision de l’enfant au travers de celles-ci selon sa taille mais aussi au personnel soignant de déceler la présence d’un tout petit.

Les chambres sont toutes conçues pour accueillir 1 ou 2 enfants selon les nécessités avec possibilité d’ajouter des lits prévus à cet effet pour les parents. L’alternance de couleur de revêtement de sol placée en diagonale procure une certaine dynamique.

Le camaïeu des couleurs se retrouve dans tous les composants de la chambre, lit, mobilier, chevet, fauteuils, chaises, tablettes et lambris muraux de protection assurant une harmonie à l’ensemble.

Et ce jusque dans les bandeaux de lits distribuant les fluides qui ont été conçus spécialement pour être placés verticalement et alimenter 2 lits.

Des fenêtres existent entre les chambres pour permettre au personnel soignant de contrôler en permanence ce qui se passe dans les chambres contiguës et pouvoir de la sorte intervenir rapidement. Ce qui s’avère très pratique lors des soins.

Elles peuvent être occultées sur simple demande de l’enfant ou des parents pour assurer toute intimité aux moments opportuns de la journée.

Au plafond de la salle de jeux, trône le portrait de Pinocchio, marionnette animée par l’amour de son père. La nuit, quand l’obscurité tombe sur le service, les petites lumières brillent telle une constellation d’étoiles.

Elles symbolisent l’espoir de la guérison et celui des parents dont l’enfant est malade.

CONCLUSION:
Pour conclure, je vous poserai les questions:

Alors, chez soi à l’hôpital?

On en rêverait presque à condition de ne pas y rester.

L’architecture aide-t-elle à guérir?

On le souhaite tous.

Indéniablement, la conception des lieux de santé est en pleine mutation. Les machines à soigner d’hier se montrent plus sensibles aujourd’hui.

La culture et même les clowns y ont fait leur entrée.

L’humanisation et la tendance hôtelière des hôpitaux et autres structures de soins s’affirment de plus en plus.

Dans le public comme dans le privé.

Enfin de l’humain.

Je vous remercie de votre attention.

Fabien HENNE
6/06/2002

 

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